Adressée ce jour à M. François Régis Hutin, Directeur de la Publication, Ouest France

LETTRE OUVERTE
Objet : Commentaire à la une du journal du 9 septembre 2015

Monsieur,
Le commentaire à la une du journal du 9 septembre, intitulé « Vrai changement ou réformette » affirme à plusieurs reprises que l’actuelle réglementation du travail est un frein à l’emploi, autrement dit que le Code du travail et la protection des travailleurs seraient une des causes du chômage.
On lit ainsi au 5e paragraphe : « Si l’on ose aller au bout des choses, comme le préconise la mission Combrexelle, on lève a maxima tous les carcans devenus de véritables freins à l’embauche et à l’investissement ».
Au 8e paragraphe : « Chacun comprendra qu’il en va pourtant de l’intérêt général qu’entrepreneurs et salariés aient plus de latitude à l’avenir pour trouver des formules de nature à favoriser l’emploi et améliorer la situation de l’entreprise. »
Ce n’est pas la première fois que de telles affirmations sont publiées à la une du journal. Elles reprennent fidèlement les positions du Medef et d’une partie des acteurs politiques. Mais elles ne démontrent en aucune façon de quelle manière une « simplification » du code du travail serait de nature à créer de l’emploi.
En page 4 de la même édition, une économiste de l’université de Rennes 2, Anne Eydoux déclare au contraire : « Aucune étude n’a réussi à démontrer un lien entre le niveau de la protection accordée aux salariés par le droit du travail et le niveau de chômage. »
On ne peut, dès lors, que s’interroger : l’éditorialiste économique d’Ouest France a-t-il connaissance d’études que cette économiste ignore ? Dispose-t-il d’éléments inconnus de cette chercheuse lui permettant d’étayer ses affirmations ? Si c’est le cas, il est difficile de comprendre qu’il n’en fasse pas état. Il s’agirait indiscutablement d’informations de première importance.
S’il ne dispose pas de tels éléments, on peut alors considérer que ses affirmations relèvent seulement de son opinion personnelle. Et tout porte à croire que l’expression de cette opinion a reçu la pleine approbation des dirigeants du journal, dont on sait qu’ils exercent un contrôle attentif des textes publiés à la une.
Il est permis d’avoir des opinions. Mais si Ouest France entend les exprimer sur sa première page, la rigueur et l’honnêteté exigeraient que les lecteurs en soient clairement informés et qu’on ne laisse pas entendre que ces opinions sont des vérités indiscutables.
Enfin, les valeurs affichées par Ouest France de défense de la démocratie et d’une information pluraliste voudraient que la une ne soit pas réservée aux opinions qui plaisent aux dirigeants du journal ou qui servent leurs intérêts.
Nous vous prions donc de bien vouloir veiller à ce que ne se reproduisent plus de tels écarts par rapport aux valeurs du journal et aux exigences de rigueur et d’honnêteté qu’imposent notre respect des lecteurs. Au-delà de l’impératif éthique, c’est la crédibilité du journal qui est en jeu.
Nous vous en remercions par avance et vous prions d’agréer l’assurance de notre considération.

Rennes le 10 septembre 2015.
La section SNJ d’Ouest France.

Copies: M. le rédacteur en chef, M. le directeur des ressources humaines, M. Pierre Cavret, MM et MMES les délégués syndicaux.